Ce mardi 15 novembre, trois membres du CCMM – Centre Contre les Manipulations Mentales – ont donné une conférence au Centre paroissial St-Vincent.
Fondé en 1981 par l’écrivain Roger Ikor, le CCMM s’adresse aux victimes d’emprise mentale et de dérives sectaires, à leurs familles et à tous les citoyens. L’association a pour vocation l’aide aux victimes, l’information sur le phénomène sectaire, et la prévention.
Après une bonne heure d’exposé, la salle a pu poser des questions et réagir.
Voici en quelques mots ce qui s’est dit dans cet événement :
- Les dérives sectaires touchent aujourd’hui la société en de nombreux endroits : mouvances issues du ‘New age’, écologistes, religieuses, d’accompagnement personnel, de méditation, de développement personnel, de thérapies… Les rapports de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) en témoignent.
- Elles atteignent particulièrement la jeunesse, l’une des intervenantes a insisté sur plusieurs aspects des cas d’emprise observée :
- Ne pas croire que l’individu jeune victime de ces abus est une personne initialement fragile psychologiquement, ni en rupture de lien familial
- Le processus d’emprise va séparer progressivement la victime de sa famille ; ici a été développée la technique dite des faux souvenirs induits utilisée par l’abuseur
(NDLR : pointés aussi par la MIVILUDES dans son rapport de 2007-p39 : https ://www.miviludes.interieur.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_Miviludes_2007.pdf )
- Dans l’Église catholique, de nombreux cas d’abus sont aujourd’hui dévoilés ; ils interrogent en particulier la pratique de l’accompagnement spirituel, ainsi que certains événements organisés par des mouvements charismatiques, mêlant émotion et spiritualité, notamment les sessions de guérison.
La confusion d’une démarche de nature psychologique avec une démarche spirituelle est mise en évidence ;
Une démarche psycho-spirituelle fait vivre simultanément aux personnes deux mouvements orientés en sens opposés :
– le mouvement de la vie spirituelle les tourne vers Dieu ; il est accueil de la Parole et de la miséricorde divine, offertes à tous gratuitement ; il oriente la personne vers Dieu.
– le mouvement de la vie psychosociologique est œuvre du sujet qui met lui-même en activité ses facultés. Il centre donc le sujet sur lui-même.
Les personnes qui font confiance aux animateurs de ces sessions et à ces accompagnateurs, perçoivent comme un « plus » le fait que l’écoute qu’on leur offre soit tout à la fois spirituelle et psychologique. Elles ne semblent pas réaliser que ce type d’écoute peut engendrer des confusions, parfois lourdes de conséquences malheureuses.
La souffrance des victimes et de leurs familles dans le milieu catholique français a été portée à la connaissance des évêques, cette souffrance a été très palpable et très émouvante -dans les témoignages de familles brisées- donnés par les intervenants : ils déplorent les nombreux cas d’absence ou d’insuffisance des réponses épiscopales.
Dans le public paroissial, un intervenant a voulu souligner la réalité que beaucoup de lieux d’Église n’étaient pas, bien heureusement, ces lieux d’abus.
On peut noter que les associations soutenant les victimes sont aujourd’hui associées à la réflexion des évêques, espérons que le cheminement commencé mènera à une lutte plus efficace contre ces dérives.
Pour terminer, le P. Luc Jourdan a lu le texte de saint Irénée reproduit ci-dessous : parole d’un évêque de Lyon du IIème siècle…
IRÉNÉE DE LYON
CONTRE LES HÉRÉSIES
Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur
LIVRE I
PRÉFACE
Rejetant la vérité, certains introduisent des discours mensongers et « des généalogies sans fin, plus propres à susciter des questions», comme le dit l’Apôtre, «qu’à bâtir l’édifice de Dieu fondé sur la foi ».
Par une vraisemblance frauduleusement agencée, ils séduisent l’esprit des ignorants et les réduisent à leur merci, falsifiant les paroles du Seigneur et se faisant les mauvais interprètes de ce qui a été bien exprimé.
Ils causent ainsi la ruine d’un grand nombre, en les détournant, sous prétexte de «gnose», de Celui qui a constitué et ordonné cet univers : comme s’ils pouvaient montrer quelque chose de plus élevé et de plus grand que le Dieu qui a fait le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment ! De façon spécieuse, par l’art des discours, ils attirent d’abord les simples à la manie des recherches ; après quoi, sans plus se soucier de vraisemblance, ils perdent ces malheureux, en inculquant des pensées blasphématoires et impies à l’endroit de leur Créateur à des gens incapables de discerner le faux du vrai.
L’erreur, en effet, n’a garde de se montrer telle qu’elle est, de peur que, ainsi mise à nu, elle ne soit reconnue; mais, s’ornant frauduleusement d’un vêtement de vraisemblance, elle fait en sorte de paraître — chose ridicule à dire — plus vraie que la vérité elle-même, grâce à cette apparence extérieure, aux yeux des ignorants. Comme le disait, à propos de ces gens-là, un homme supérieur à nous : « La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu’est l’émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s’il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la fraude. Et lorsque de l’airain a été mêlé à l’argent, qui donc, s’il n’est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? »
Or nous ne voulons pas que, par notre faute, certains soient emportés par ces ravisseurs comme des brebis par des loups, trompés qu’ils sont par les peaux de brebis dont ils se couvrent, eux dont le Seigneur nous a commandé de nous garder, eux qui parlent comme nous, mais pensent autrement que nous. C’est pourquoi, après avoir lu les commentaires des « disciples » de Valentin — c’est le titre qu’ils se donnent —, après avoir aussi rencontré certains d’entre eux et avoir pénétré à fond leur doctrine, nous avons jugé nécessaire de te manifester, cher ami, leurs prodigieux et profonds mystères, que « tous ne comprennent pas», parce que tous n’ont pas craché leur cerveau. Ainsi informé de ces doctrines, tu les feras connaître à ton tour à tous ceux qui sont avec toi et tu engageras ceux-ci à se garder de l’« abîme » de la déraison et du blasphème contre Dieu. Autant qu’il sera en notre pouvoir, nous rapporterons brièvement et clairement la doctrine de ceux qui enseignent l’erreur en ce moment même — nous voulons parler de Ptolémée et des gens de son entourage, dont la doctrine est la fleur de l’école de Valentin —, et nous fournirons, selon nos modestes possibilités, les moyens de les réfuter, en montrant que leurs dires sont absurdes, inconsistants et en désaccord avec la vérité. Ce n’est pas que nous ayons l’habitude de composer ou que nous soyons exercé dans l’art des discours ; mais la charité nous presse de te manifester, à toi et à tous ceux qui sont avec toi, leurs enseignements tenus soigneusement cachés jusqu’ici et venus enfin au jour par la grâce de Dieu : « car il n’est rien de caché qui ne doive être révélé, rien de secret qui ne doive être connue ».
Tu n’exigeras de nous, qui vivons chez les Celtes et qui, la plupart du temps, traitons nos affaires en dialecte barbare, ni l’art des discours, que nous n’avons pas appris, ni l’habileté de l’écrivain, dans laquelle nous ne nous sommes pas exercé, ni l’élégance des termes ni l’art de persuader, que nous ignorons ; mais ce qu’en toute simplicité, vérité et candeur nous t’avons écrit avec amour, tu le recevras avec le même amour, et tu le développeras toi-même pour ton compte, car tu en es plus que nous capable : après l’avoir reçu de nous comme des « semences », comme de simples « commencements », tu feras abondamment « fructifier » dans l’étendue de ton esprit ce qu’en peu de mots nous t’avons exprimé et tu présenteras avec force à ceux qui sont avec toi ce que, bien insuffisamment, nous t’avons fait connaître. Et de même que, pour répondre à ton désir déjà ancien de connaître leurs doctrines, nous avons mis tout notre zèle, non seulement à te les manifester, mais encore à te fournir le moyen d’en prouver la fausseté, ainsi toi-même tu mettras tout ton zèle à servir autrui selon la grâce qui t’a été donnée par le Seigneur, pour que dorénavant les hommes ne se laissent plus entraîner par la doctrine captieuse de ces gens-là.
