Cette magnifique prière de Jésus nous introduit au cœur de sa relation avec son Père et avec ses disciples. L’Esprit Saint, qui est ce souffle d’amour, partagé par le Père et le Fils, nous est communiqué pour qu’à notre tour, nous vivions en communion avec Dieu et avec nos frères. Le projet de Dieu, c’est que le monde tout entier devienne lieu d’amour et de vérité : lente transformation, plutôt germination, à laquelle tous les croyants sont invités à coopérer. Ainsi, nous croyants nous ne quittons pas le monde, nous sommes dans le monde, et travaillons de l’intérieur. Croyants nous ne vivons pas une autre vie que la vie ordinaire, mais nous vivons autrement notre vie ordinaire. Il ne s’agit donc pas de mépriser le monde, notre vie quotidienne, les gens que nous rencontrons, les soucis matériels, l’argent et toutes les réalités humaines : il s’agit au contraire d’habiter ce monde pour le transformer de l’intérieur. Comment être dans le monde sans être du monde, sans être habité par l’esprit de domination, la recherche de son seul intérêt, le mépris du plus petit ? Jésus leur a fait don de sa Parole. C’est par la fidélité à cette Parole qu’ils vivront dans la société des hommes. Comment ne pas penser à l’esprit des Béatitudes : « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, heureux les artisans de paix…. » ou à cette autre parole de Jésus « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ».
Dans cette grande prière de Jésus pour ses disciples, trois mots reviennent sans cesse : fidélité, unité, vérité. Dieu est Amour et l’Amour est Dieu. Pour Jésus, les deux mots « Dieu » et « Amour » sont deux synonymes, on peut toujours remplacer l’un par l’autre. Jésus est venu dans le monde pour révéler aux hommes le visage d’amour du Père. Ceux qui croient en Lui deviennent à leur tour des sources d’amour.
Le temps pascal s’achève, au cours duquel le Christ nous a invités à vivre de la vie même de Dieu comme ses enfants et à demeurer dans son amour. Avant de » s’en aller vers le ciel « , Jésus adresse une ultime prière à son père. Son contenu rappelle en partie le Notre Père qui n’est pas rapporté par St Jean contrairement à Matthieu et à St Luc. Je citerai comme exemple : « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du mauvais. » Cette phrase fait écho à : » ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal. » C’est une prière de demande, mais elle se termine par une prière d’offrande, d’où son nom de prière sacerdotale.
A l’heure de cette grande prière, le projet de Dieu est en train de franchir une étape décisive. Jésus sait que son destin est scellé, il prie pour ceux à qui il passe le relais. Une seule chose compte, c’est que le monde soit sauvé. C’est une constante dans l’histoire de l’Église. A partir d’Abraham, chaque fois qu’un homme est choisi par Dieu ce n’est jamais pour son propre bénéfice, c’est toujours pour l’envoyer en mission. Nous les croyants sommes associés à l’accomplissement du projet de Dieu. Il s’agit d’habiter le monde pour le transformer de l’intérieur, par notre comportement au quotidien.
Monseigneur Coffy disait. » Les croyants ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, mais ils vivent autrement la vie ordinaire. » L’unité, la fidélité, la vérité qui jalonnent cette grande prière sont les maîtres mots de notre mission.
L’unité : » Père Saint, garde mes disciples unis dans ton nom…..pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. » La prière de Jésus est centrée sur l’unité de ses disciples, à l’image de l’unité du Père et du Fils. L’unité ce n’est pas l’uniformité, notre Dieu est trinitaire tout en étant unique. Nous avons à vivre l’unité malgré nos différences ; une unité de cœur, d’esprit et d’amour. C’est la condition à remplir pour que la paroisse porte du fruit, elle doit concrétiser par des actes le commandement de l’amour.
La fidélité : Le signe que nous sommes fidèles à la Parole du Christ, c’est que nous sommes unis à lui. La fidélité à Dieu se vit dans celle que nous avons avec l’Église, corps du Christ. La fidélité demande d’entretenir la relation par la prière, la lecture de la Parole, les sacrements.
La vérité : » Sanctifie-les dans la vérité et pour eux, je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient eux aussi sanctifiés par la vérité. » Ce mot signifie participer à la sainteté de Dieu. Plus prosaïquement, la vérité est un chemin de vie, nous avons à entretenir une relation vraie avec Dieu et avec nos frères.
Si nous vivons dans l’unité, la fidélité, la vérité nous demeurerons dans l’amour et connaîtrons la joie et porterons du fruit… c’est un objectif à atteindre avec la grâce de Dieu ! C’est pourquoi, je vous suggère la prière de St Ignace de Loyola : » Prie comme si tout dépendait de Dieu, agis comme si tout dépendait de toi. »
Quel beau cadeau que l’évangile de ce dimanche ! Souvent il est dit dans l’évangile que Jésus se retire pour prier. Ce n’est que plus rarement qu’il nous est donné d’entrer dans l’intimité de sa relation avec Dieu le Père. Aujourd’hui, par ce texte, les mots que Jésus adresse à son Père nous sont offerts, ils nous permettent d’entrer dans cette communion, d’autant plus que chacun de nous est au cœur de cette prière adressée au Père. Des mots qui redisent combien nous avons du prix aux yeux de Dieu, une invocation pour que nous restions unis, pour que nous ayons en nous la joie, pour que nous soyons témoins en ce monde, gardés du Mauvais, et sanctifiés comme Jésus l’a été lui-même. Des mots qui rappellent le bagage que Jésus nous a laissé pour accomplir notre mission dans le monde : « ta parole », c’est-à-dire, la parole de Dieu, l’enseignement de Jésus à notre disposition dans le nouveau testament, mais aussi tous les textes bibliques de l’ancien testament auxquels il fait si souvent référence. La parole n’en finit pas de nous nourrir et de nous accompagner dans notre mission.
Jésus est prêt à quitter le monde, il nous laisse ces mots comme un testament. Des mots que nous pouvons redire à toute personne désespérée, malade, isolée, des mots d’espérance. Dans la prière des visiteurs de malades, nous disons : « Seigneur Jésus, aux jours de ta vie terrestre, tu as été le visage de la tendresse de Dieu parmi les hommes. Maintenant que tu t’es rendu invisible, c’est à nous, tes disciples qu’il incombe de leur montrer ton visage de lumière. » C’est bien cela notre mission, qu’il nous est donnée de vivre au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, par Lui, avec Lui et en Lui !
« Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné… » Jésus prie son Père à la fois dans l’affection (Père, abba, papa) et dans la conscience de la distance…( saint, le pur, le consacré, Dieu.) Il prie pour le devenir de ses amis. Il a conscience du rôle d’accompagnement du Père pour le devenir de ses amis. Jésus demande de garder ses disciples unis dans son nom. Le nom de Dieu, pour un sémite, c’est Dieu lui-même, son être, révélé sous forme IHVH, verbe de présence difficilement saisissable pour mon cerveau: Jésus demande à son Père de garder ses amis unis dans son être. Et qui est l’être de Dieu? Impossible de comprendre totalement. Dieu le Père est tellement plus que je peux envisager…le tout Autre… J’ai seulement des traits par Jésus et les prophètes. Il est le créateur de tout l’univers, la source de la Vie, de l’amour, mais aussi, le Père aimant tout homme, celui qui veille, qui veut mon bonheur, ma joie, veut me sauver…veut sauver tous les hommes… Intuitivement je perçois que Dieu le Père, fidèle à lui-même, gardera et donnera son amour, sa force de création, sa force de vie, à tous ceux qui chercheront à aimer, à aider, à répandre la vie, fidèles ensemble au chemin ouvert par le Christ. Et l’Esprit saint? Jean parle ici d’Esprit de Vérité. Qui est-Il vraiment? Celui qui m’inspire, qui me permet de découvrir la présence du Seigneur dans ma vie pendant mes relectures, qui transmet l’amour, la lumière …? Je le crois mais ne le sais pas. Mystère et beauté infinie du Dieu Trinitaire. L’homme ne pouvait inventer une telle approche de Dieu. Elle n’est pas naturelle. C’est une révélation. Je fais seulement l’expérience que Dieu me conduit sur un chemin d’amour en respectant ma liberté par sa présence/absence.
Martine Vercambre
« Garde mes disciples unis dans mon nom ». Nous nous appelons du même nom de chrétien, »osons nous mettre sous le même toit » disait frère Aloïs, prieur de Taizé. Les blessures de l’histoire laissent des traces ; nous nous contentons aujourd’hui souvent d’une tranquille coexistence. Les différences sont souvent dans les formulations et expressions de la foi. La parole donnée par le Christ nous parle pareillement, mais le Mauvais, le Diviseur est à l’affût, c’est pour cela que Jésus prie son Père de nous garder de son influence. La parole donnée par Jésus est vérité, elle a besoin d’être partagée, « ruminée», priée ensemble et dans le silence. Nous avons la chance de pouvoir parfois le vivre dans le Centre Œcuménique et c’est une grande richesse. A l’intérieur de notre église catholique aussi, les différences sont parfois difficiles à vivre, pourtant Christ, Lui, n’est pas divisé, et c’est bien au cœur du monde d’aujourd’hui, dans les liens fraternels que nous pouvons tisser, que nous sommes invités à être témoins de son amour et de son infinie miséricorde. Laissons-nous donc transformer par cette parole pour vivre un peu cet Amour que Dieu veut pour chacun, pour notre joie et notre bonheur.
