Partage d’évangile du dimanche 13 décembre

A première vue, l’évangile de ce dimanche n’est pas très différent de celui que nous avons entendu la semaine dernière. En tout cas, il traite du même sujet, Jean le Baptiste. Le narrateur n’est pas le même. St Marc dimanche dernier, St Jean ce dimanche.
Ce partage d’évangile me permet d’expérimenter combien la parole est vivante. Elle prend chair en ma vie et trouve à chaque lecture une nouvelle résonance (à condition que je prenne le temps de la laisser parler !).
L’introduction nous parle d’un homme envoyé par Dieu, venu comme témoin, pour que par lui, tous puissent croire. N’est ce pas exactement notre vocation de baptisés ? Envoyés par Dieu, témoins de la lumière pour que d’autres puissent croire.
La suite du récit précise la nature du témoignage de Jean. Jean témoigne lorsqu’on l’interroge. Ce n’est pas lui qui engage la conversation. Et sans doute est il interrogé à cause de ses actes. Ceci me rappelle une phrase attribuée à St François de Sales. « Ne parle du Christ qu’à ceux qui t’interrogent, mais vis de telle façon qu’on t’interroge ».
L’évangile de ce jour me montre Jean Baptiste comme un modèle à suivre. « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas, je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. » Tel est bien le message que j’ai pour mission de délivrer : au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas, ce Christ qu’il m’a été donné de rencontrer, tant et si bien que je ne peux plus me taire !
La dernière phrase de ce passage est un constat des événements rapportés, le lieu en est indiqué précisément. Nul ne peut remettre en cause ce qui s’est passé. Jean le Baptiste a apporté son témoignage, à bon entendeur salut ! Comme disait sainte Bernadette « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire ».
Cet évangile m’invite à accueillir ma mission de baptisée avec humilité. Être témoin du Christ, c’est accepter que l’autre ne veuille pas l’entendre, c’est continuer, coûte que coûte, à vivre de l’évangile, au mieux, avec mes faiblesses et mes fragilités, et faire confiance, laisser agir l’Esprit, accepter de ne rien maîtriser, lâcher prise, m’abandonner. Comme le disait si bien Mère Térésa, « Seigneur, je te donne mes mains, je te donne mes pieds, je te donne ma voix, je te donne mon cœur. » Seigneur, que ta volonté soit faite !

Le temps de préparation à Noël nous amène à sortir de nous-mêmes pour accueillir le Tout Autre qui s’incarne en Jésus. L’accès à la Lumière commence en sachant reconnaître le Don de Dieu dans l’Enfant de la crèche dont nous célébrerons la naissance à Noël. Dieu se fait l’un de nous. Le Verbe se fait chair, dira saint Jean.  Dans ce temps de l’Avent cherchons à renouveler notre foi et notre attente de la vraie Lumière. Nous la voulons présente en nous et dans toute notre vie, mais nous savons que ce n’est pas nous qui apportons la Lumière. Nous recevons les rayons de cette Lumière à travers l’Incarnation. Ce rayonnement de la Lumière de Dieu est présent dans le monde. Nous ne le voyons pas toujours, mais il est là. Croyons-le. L’Esprit de Dieu est toujours à l’œuvre. Comme Jean-Baptiste nous sommes invités à rendre témoignage à la lumière : « Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière. »  Je souhaite que nous devenions tous et toutes des Jean-Baptiste dans le monde d’aujourd’hui.
En ce dimanche de la joie que célèbre Saint Paul dans la deuxième lecture, nous pouvons laisser celle-ci déborder en tout temps nous nourrissant de la prière et de l’action de grâce comme il le suggère : « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance ». Le prophète Isaïe le souhaitait déjà en écrivant ce que nous lisons dans la première lecture : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu… Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.» Le don de la joie traduit une présence qui nous habite. Cette présence est au-delà des signes et des mots. Elle est invisible comme la lumière qui passe à travers la vitre de la fenêtre. Nous sommes invités à devenir de plus en plus comme la vitre de la fenêtre, claire et pure, pour laisser passer toute la Lumière…avec la grâce de Dieu.

L’attente  d’un sauveur était devenue une impatience, si bien que dans les dernières décennies avant  sa venue, on avait cru plusieurs fois le reconnaître ! De toute évidence, Jean-Baptiste jouissait d’une telle réputation que l’on était en droit de s’interroger à son sujet.
Et  nous  » petit peuple de croyants « , dans ce monde déchristianisé, blessé par la pandémie, quelle est notre attente ? Comment préparons-nous la venue de Jésus à Noël ? 
Qui est Jean-Baptiste ? Visiblement tout le monde n’attendait pas le même personnage, les questions  se bousculent :  » Qui es-tu ?   » Es-tu le prophète Élie ?  » Es-tu  le prophète annoncé ?  « .   
Aux questions posées, Jean répond par la négation. 
Pour Zacharie, son père :  » Et toi, petit enfant, appelé prophète du Très Haut, tu marcheras devant à la face du Seigneur et tu prépareras ses chemins. « 
Pour le catéchisme de l’Église catholique :  » Il achève le cycle des prophètes inauguré par Élie…Il inaugure ce qui se réalisera  dans le Christ redonner à l’homme sa ressemblance….. »
Pour St Jean :  » Cet homme n’était pas la lumière, mais il était  là pour rendre témoignage à la lumière » 
Et lui, Jean-Baptiste, que dit-il de lui ?  » Je suis la voix  de celui qui crie dans le désert : redressez le chemin du Seigneur, comme dit le prophète Isaïe  (Is 19 40).
Quelle est l’attitude de Jean ? Un témoin : il affirme sa foi : « Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas… » Un missionnaire : il poursuit sa mission dans la nuit, ce qui compte avant tout c’est que les hommes croient. Lui-même ne semble pas  reconnaître Jésus.
Dans ce même passage de l’évangile de St Jean :  » Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : « Celui  sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit-Saint » (Jn 1-33).
Une personne humble : il n’attire pas à lui, il oriente les hommes vers celui qu’il annonce : le Christ. Il ne se présente pas en  porteur de la vérité, mais il tourne le peuple vers la Vérité.
Jean déclare :  » qu’il n’est pas digne de délier la courroie de sa sandale. « 
Nous constatons  dans un autre passage de l’évangile que les disciples de Jean prenaient ombrage du succès croissant de Jésus. Jean déclare   » Il faut qu’il grandisse et que je diminue…. »
 St Jean insiste :  » Il était venu comme un témoin, pour rendre témoignage à la Lumière. »
Je suis interpellée par le témoignage de St Jean, un exemple à imiter, sans perdre de vue que nous serons  « jugés » aussi par nos actes.
Je termine, en soulignant un point sur le baptême donné par Jean qui était celui du repentir, celui dans l’Esprit étant une nouvelle naissance.

Isaï, Jean-Baptiste, Marie, Paul disent leur joie de rencontrer le Seigneur ; ils reconnaissent tous ses bienfaits et les merveilles qu’IL réalise : relever, pardonner, guérir…
Merci, les scribes avec toutes vos questions qui rejoignent souvent les nôtres. Merci Jean- Baptiste pour la liberté et vérité des « réponses», plutôt énigmatiques et qui laissent les scribes sur leur recherche à encore poursuivre.
Nous aussi cherchons à enfermer la Parole dans des réponses rassurantes et bien construites, comme nous nous rassurons à bon compte dans des rites et une liturgie inamovible.
« Rendre témoignage à la Lumière», c’est le rôle d’Isaï et sa » voix dans le désert » ; c’est le rôle de Jean qui nous invite au pardon avec son baptême dans l’eau ; c’est le rôle de Marie avec son « oui » joyeux ; c’est le rôle du pape François avec son encyclique ; c’est notre rôle aussi dans le réel de nos vies d’aujourd’hui, malgré toutes les obscurités.

Troisième dimanche de l’avent, dimanche de la joie, du nom de l’ouverture de la messe «Gaudete», accueillons cette joie avec la paix profonde qui l’accompagne, signes de la présence de l’Esprit : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche ». La joie du chrétien est indépendante des imprévus de l’existence. C’est quelque chose de plus profond, qui est ressenti par le chrétien parce qu’il a conscience que « le Seigneur est en nous », et que « le Seigneur est proche ». Le chrétien est celui qui, dans toutes les circonstances, même les plus douloureuses, peut garder une paix de fond qui le fait tenir debout. N’ayons pas peur : le Seigneur vient.
Christian Chanliau