Jésus n’y va pas par quatre chemins pour dénoncer la perversité des intentions de ceux qui cherchent à le piéger… A la question qui lui est posée, il rétorque par une autre question, manière de faire la vérité et de poser sainement le problème.
Serions-nous de ceux qui posent mal des questions à Dieu, par mauvaise foi peut-être pas souvent, de bonne foi sans doute? Nous répond-il ?-ou nous fait-il répondre?- par d’autres questions… La prière peut être le lieu où avoir ce genre d’entretien, la fraternité vécue peut l’être également.
La question retoquée -parce que posée par intention mauvaise- ne manque cependant pas d’intérêt, si on la transpose dans notre quotidien où nous sommes appelés à vivre avec responsabilité notre citoyenneté.
Nous ne pouvons cloisonner notre vécu de citoyen de notre république, notre vie sociale et notre vie de membre du corps du Christ. Nous pouvons nous réjouir dans notre pays quand s’affirme le choix d’une saine laïcité qui est la condition pour des relations sociales paisibles et respectueuses des libertés de chacun. L’Évangile nous appelle en même temps à nous convertir sur le plan personnel et sur celui de nos relations. Un travail que je ne peux mener qu’en union avec celui qui me sauve./
Le Seigneur veut nous inviter à travers ce passage de l’Évangile, à aller plus profond, à ne pas se laisser enfermer par des choses qui paraissent tout simples et à découvrir en profondeur quelle est l’image de Dieu et notre relation à Dieu, que nous sommes à son image et à sa ressemblance, comme lui aussi est l’image du Père, il manifeste le Père.
Jésus nous invite à travers l’apparence à creuser plus profond.
Ce qui définit la personne humaine et son lien à Dieu n’est pas simplement le fait que la tête de César soit imprimée sur une monnaie, mais c’est d’abord l’image que Dieu a gravé dans le cœur de chacun, la loi d’amour que Dieu a gravé dans nos cœurs par son Esprit Saint.
Jésus nous invite à un regard de foi, à ne pas nous laisser aller aux apparences, et on le sait bien la foi est une certitude mais pas une évidence. Il nous invite à dire ce qui est gravé dans le cœur de chacun, dans un regard de foi. Le regard de foi perce le cœur et permet de découvrir dans ceux qui sont à nos côtés des frères et sœurs, ceux qui sont à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Parfois on aimerait que les choses soient très simples, répondre par oui ou par non, mais Jésus nous demande d’aller au cœur. La foi c’est le chemin du regard, c’est une vertu qui fait que notre manière de regarder n’est pas la manière de regarder des autres. Nous le voyons peut-être en parlant avec des personnes qui n’ont pas la foi, leur vision de la personne humaine, de la famille, de la société n’est pas celle d’un croyant. Par exemple, quand un enfant nait, il est mis dans ce monde, mais pour nous croyants, nous savons que cet enfant est mis au monde pour la vie éternelle. Le regard que les parents portent sur l’enfant le prépare déjà à la vie éternelle, c’est tout le sens du baptême, de la catéchèse, etc… de même lorsque l’on va à la rencontre des personnes plus pauvres, des personnes marginales, des personnes en dépendance, ce n’est pas le même regard que des personnes qui n’ont pas la foi. Tout le monde peut faire le bien, mais nous nous approchons de celui qui est en fragilité parce que nous lisons en lui l’image du Dieu invisible, l’effigie de sa substance. Nous ne voyons pas d’abord un problème à résoudre, nous voyons d’abord une personne à aimer.
Le fait d’être chrétien bouleverse notre manière de vivre, la manière de regarder, la manière d’être attentif à ce qui peut être plus profond, plus caché, plus enfoui./
Les pharisiens, des prédicateurs du Dieu unique, veulent piéger Jésus sur leur domaine, la parole. De quoi ont-ils peur? de perdre leur pouvoir sur le peuple d’Israël? des mouvements de foules qui pourraient être réprimés par les Romains, les envahisseurs? La situation politique à cette époque était tendue. Payer l’impôt c’est se placer dans le camp romain et renier le Dieu d’Israël, ne pas le payer c’est opter pour le Dieu d’Israël mais c’est aussi se placer dans les opposants aux Romains.
Les pharisiens ne vont pas directement voir Jésus, ils envoient leurs disciples. Pourquoi? Manque de courage? Peur d’être piégés à leur tour? peur de la foule qui entoure Jésus? Ils envoient aussi des partisans d’Hérode. Hérode était lié aux Romains, adorateurs d’autres Dieux. Ainsi, quelle que soit sa réponse, Jésus semble condamné par l’un des 2 partis en présence.
Les pharisiens sont manipulateurs, ils utilisent les compliments (ils disent malgré eux de belles vérités sur Jésus!). Ordinairement la flatterie fait baisser la vigilance du flatté (voir le corbeau et le renard!). Jésus, détaché de son égo, ne pense pas à lui, (il dira ailleurs que c’est son Père qui le justifie). Jésus pense seulement à l’attitude de ses interlocuteurs et Il met des mots sur leur comportement: « Hypocrites! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve? » et avec adresse il renvoie les 2 partis dos à dos: « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »
Jésus n’opte pas à ma place. A moi de faire mes choix de vie, entre Dieu et mes idoles. Je dois opter soit pour une vie passée à prévoir tout ce qui peut arriver, et à me protéger par mes seuls moyens, soit pour une vie plus confiante, donnée aux autres, avec Jésus comme compagnon de route, pour m’ancrer en Dieu, me détacher de mon égo, augmenter mon écoute, accueillir sans peur ce qui se présente. Ce choix est à refaire continuellement./
Dans ce texte, avant de m’intéresser à la question posée par les pharisiens, je voudrais souligner la façon dont les disciples envoyés décrivent Jésus. Certes, ils ne disent pas que c’est le fils de Dieu, mais leurs paroles résonnent comme une véritable profession de foi. Dans leurs mots, je trouve les prémices de la phrase « Tu es le chemin, la vérité, la vie ! » et ce regard qu’ils posent sur Jésus, que pourtant ils veulent piéger, m’interpelle.
La question qui est posée à Jésus : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ? » dans le contexte de l’époque rejoint selon moi aujourd’hui celle de la laïcité, tellement d’actualité dans notre société. La présence de l’aumônerie catholique à l’hôpital, me semble être une belle illustration de la réponse de Jésus. Au cœur de l’établissement public, selon la charte du patient hospitalisé, chacun doit pouvoir vivre sa foi et pratiquer son culte.
En gériatrie, la communauté qui se rassemble est le signe que la foi peut se vivre au sein d’un établissement public dans le respect des personnes (patients, familles ou soignants) qui n’adhèrent pas à cette même foi. Nous sommes envoyés dans le monde, et dans ce monde, de belles choses peuvent être célébrées.
