L’évangile nous rapporte le dernier repas de Jésus. C’est son repas d’adieu. Mais aujourd’hui, ce n’est plus de cela qu’il s’agit. Ce qui compte c’est la réalité nouvelle. Le véritable Agneau mangé et immolé, c’est Jésus lui-même. Il se livre pour libérer l’humanité toute entière de tout ce qui l’éloigne de Dieu. Le Pain Eucharistique n’est pas fait seulement pour être adoré : il nous est donné pour être nourriture. C’est ainsi que nous entrons dans la communion avec Dieu. Nous n’oublions pas que nous sommes engagés à la vie et à la mort. Communier à la coupe, c’est accueillir la vie que le Christ nous donne par sa mort sur la croix. C’est aussi s’engager à se mettre à sa suite, donc être prêts nous aussi à donner notre vie. Chaque fois que nous allons communier, nous recevons la vie du Christ. L’amour qui le conduit à se donner est éternellement présent. A chaque messe, il nous est manifesté. Il est rendu présent à nos yeux. A chaque messe, je peux dire : C’est aujourd’hui que cela se passe. Mais Jésus a livré son Corps et versé son sang pour nous et pour la multitude. Cela signifie que nous ne pouvons pas être en communion avec lui sans l’être avec nos frères et nos sœurs. Si nous avons des problèmes avec quelqu’un, il faut d’abord se réconcilier. Être disciple du Christ, c’est aimer comme lui et avec lui. Cela peut aller jusqu’au don de notre propre vie.
En évoquant le sang versé, nous pensons à tous ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre dans un pays libre. Chaque année, nous faisons mémoire de leur sacrifice et nous nous faisons un devoir d’y être. Aujourd’hui et chaque dimanche, nous nous rassemblons pour célébrer celui qui a livré son Corps et versé son Sang pour nous et pour la multitude. C’est ce qui s’est passé pour le jeune Marcel Callo. Engagé dans la JOC, il doit partir en Allemagne pour le Service du travail obligatoire. Il y souffre du froid et du manque de nourriture. Son travail est très éprouvant. Il cherche sa force dans sa foi au Christ puis dans l’Eucharistie. Il y entraîne des camarades français qui ne sont guère familiers de l’Église. Il finira ses jours dans un camp de concentration. Il a témoigné de sa foi jusqu’au sacrifice de sa vie. Quand nous sommes à l’Eucharistie, nous faisons confiance aux paroles de Jésus qui a dit : “Ceci est mon Corps livré pour vous. Aujourd’hui, c’est dans l’hostie consacrée que Jésus continue à se livrer pour nous. Il se donne à nous comme notre serviteur et notre nourriture par amour pour nous et pour le monde. Il aime chacun et chacune d’un amour qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Il attend de nous que nous nous laissions bouleverser par lui, que nous lui rendions « amour pour amour ».
Au repas pascal, le maître, ou le père de famille y partageait et partage encore aujourd’hui du pain et une ou deux coupes de vin pour remercier Dieu qui libère de l’esclavage, qui donne la Vie par la nourriture du corps symbolisé par le pain et le vin,(le sang) mais aussi par ses commandements, la Loi. Un homme portant une cruche n’était pas rare, Il n’y avait pas d’eau courante, il fallait aller chercher de l’eau et l’apporter dans les salles mises à disposition célébrer la Pâque. Jésus avait-il une prescience de ce qui se passait ou s’était-il mis d’accord avec l’homme? Le texte n’en dit rien mais « Ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit »: Jésus maîtrise les évènements. Jésus dit en partageant le pain:« Ceci est mon corps, » …et en faisant passer la coupe de vin « ceci est mon sang » Pourquoi s’inscrit-il dans la démarche juive de la Pâque? Jésus quitte ses disciples mais assure qu’il les accompagnera tous les jours. Or il sera invisible. Devant cette difficulté, Jésus leur donne rendez-vous dans un rite qu’Il va habiter, pour les rejoindre, et habiter en eux et par eux. Ce sera l’eucharistie par l’Eglise. Ce temps de contact profond avec le Christ replace chacun dans le projet de Dieu, et redonne Vie. La présence de Jésus en nous et entre nous, fait l’Eglise. Ce « corps » du Christ, cherche à témoigner que la Vie est don du Père, que tout homme est aimé de Dieu…
Pour moi aujourd’hui? La messe est le lieu de rassemblement de notre cellule Eglise, c’est une famille, qui régulièrement se nourrit de la Parole et de ce mystérieux don de la Présence, ce qui nous ouvre à l’infini de la bonté Dieu et nous envoie le dire.
Martine Vercambre
Le sang a une réalité vitale pour l’organisme. Il revêt une force symbolique extraordinaire
dans toutes les cultures – et dans la Bible, comme on le voit dans les trois lectures du jour.
Communier au sang du Christ est un geste lourd de signification…
Communier : c’est recevoir la vie
« Le sang, c’est la vie », dit la Bible (Gn 9, 5). Si le sida marque tant les esprit c’est que le sang porteur de vie, devient porteur de mort. Par contre le sang indemne donné sauve des vies.
Jésus a voulu que le don de sa vie que son sang versé pour nous soit source de vie éternelle. « Si vous ne mangez pas ma chair, si vous ne buvez pas mon sang, vous n’aurez pas la vie en vous » Communier, c’est recevoir la vie du Ressuscité, la Vie en plénitude.
Dans l’Eucharistie, une réelle et divine transfusion s’opère en nous, pour que nous devenions des vivants et, à notre tour, des donneurs de vie. « Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères »
Communier : c’est protester contre la violence
Le sang versé est le symbole de la violence contre laquelle s’élève la Bible : « De votre sang, qui est votre propre vie, je demanderai compte… » (Gn 9, 5).
Le sang du Christ, auquel nous communions, a été répandu par la violence des hommes. Mais la façon dont Jésus vie sa mort, ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne est une victoire contre les instincts sanguinaires qui habitent le cœur humain. St Paul dira : « Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine » (Eph 2, 14).
Dans la communion, recevoir ce sang prend valeur de protestation contre la violence qui a « fait mourir le Prince de la vie » (Act3,15). Communier nous engage à bannir de nos cœurs et de nos vies tout ce qui pourrait tuer, blesser, faire saigner, au propre et au figuré, un frère ou une sœur en humanité.
Communier : c’est s’engager dans la solidarité
On parle de « la voix du sang » et des « liens du sang » pour exprimer la parenté et l’esprit de famille.
Plus fortement encore, l’Eucharistie fait circuler en nous la vie du Christ. Nous vivons de lui et par lui. Nous sommes ses frères et nous appelons Dieu « notre Père ». A ce point solidaires du Seigneur, nous ne pouvons pas, ensuite, rester indifférents à celles et à ceux qu’il « ne rougit pas d’appeler ses frères » (Hb 2, ii).
Communier nous engage à exclure le rejet raciste de l’autre. Communier à l’amour du Christ nous rend solidaires de ceux qui souffrent. Communier fait de nous des frères universels.
« Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâques ? »Marc 14, 12. Les apôtres préparent avec beaucoup de sérieux le dernier repas avec le Christ, ils ne savent pas encore toute son importance, et ils sont loin d’imaginer que ce repas va devenir » l’institution de l’Eucharistie ». Ils sont loin de réaliser l’enjeu et l’ampleur de l’événement. Ils recherchent une salle comme font tous les fiancés dans la préparation de leur futur mariage, tout est pris en compte, les invités, le décor, les fleurs, la sono, le paparazzi, etc…. une célébration, un repas d’Alliance ne s’improvise pas, c’est une préparation qui commence 1an, 2 ans avant et peut être plus encore ! L’institution de l’Eucharistie voulue par Jésus s’inscrit aussi dans une préparation commencée
il y a très longtemps : au temps de l’exode d’Israël « Moïse prit le sang (de taureaux), en aspergea le peuple, et dit » voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous « Exode 24, 3-8. Puis plus près de nous : « Le Christ est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant non pas le sang de boucs et de taureaux, mais son propre sang « . Hébreux 9,11-15. L’institution de L’Eucharistie, c’est d’abord une très longue préparation, et son accomplissement par Jésus « le médiateur d’une Alliance nouvelle » He 9,11-15. Aujourd’hui à la messe écoutons attentivement la prière Eucharistique, tout est dit, il y a tout. Écoutons encore une fois notre cher père René : « l’Eucharistie ce n’est pas seulement un geste religieux du dimanche. On vit l’Eucharistie. » Pour ma part vivre l’Eucharistie, c’est d’abord ma fidélité et régularité à l’Eucharistie et à la communauté, ma vraie Nourriture. Et lorsque le Christ par la voix du Prêtre ou du diacre nous dit à la fin de la messe « Allez » : Allez, maintenant c’est à vous ; Allez, maintenant c’est à nous ; maintenant c’est à moi. Prions avec la prière Eucharistique n°4 » comme l’homme avait perdu ton amitié en se détournant de toi …………..vous ferez cela en mémoire de moi. »
Jean-Pierre Ricome
En ce dimanche, la liturgie nous invite à commémorer l’institution de l’eucharistie, solennité du St Sacrement du corps et du sang du Christ. Le terme fédérateur des trois textes proposés est le sang (celui de l’Alliance entre Dieu et son peuple). Le livre de l’Exode rapporte les commandements du Seigneur transmis au peuple par Moïse, alliance scellée par le sang » Voici le sang de l’Alliance, que sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. » Dans la lettre aux Hébreux, il est écrit » Le sang du Christ fait bien davantage, car le Christ poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut … » Le passage d’évangile fait mémoire de la Cène où Jésus offre en sacrifice son Corps et son Sang. Jésus s’inscrit dans la tradition du peuple choisi et comme il l’a dit « Je ne suis pas venu abolir la loi, mais l’accomplir. » Dans tout Jérusalem on commémorait la Pâque juive, on égorgeait les agneaux ; c’était le premier jour de la fête des pains sans levain; les femmes débarrassaient méticuleusement la maison « des vieux ferments. » Ces deux rites commémoraient la sortie d’Egypte. Dieu avait libéré son peuple. Toutes les générations depuis ont célébré la Pâque, elles ont en fait mémoire. Car faire mémoire ne signifie pas seulement se souvenir, c’est vivre aujourd’hui de l’œuvre et de l’amour inlassables du Seigneur qui fait de nous des hommes libres. Jésus a choisi d’inscrire ces derniers instants avant sa mort et sa résurrection dans la perspective de l’ Alliance « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. »
Jésus donne à sa mort le sens du sacrifice de l’Alliance avec Dieu, dans la lignée de celui de Moïse au Sinaï. Son attitude ne pouvait pas être comprise par les Juifs qui voulurent se débarrasser d’un mauvais Juif qui troublait la vie et la religion du peuple d’Israël. Un sacrifice nouveau pour une nouvelle Alliance ! Le sacrifice prend ici un autre sens » Je veux la fidélité et non le sacrifice, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes » avait dit le prophète Osée 6,6. Le vrai sens du mot sacrifice, c’est de connaître Dieu et faire œuvre de miséricorde pour y ressembler. Jésus va montrer sa miséricorde jusqu’à pardonner à ceux qui lui ont ôté la vie ! Le Corps du Christ est bien plus qu’un morceau de pain avec le signe du partage. C’est le Corps et le Sang même du Christ qui se livre à nous, nous ouvre à sa mort et à sa vie. La communion nous fait entrer dans une intimité profonde avec Dieu lui-même. Le corps du Christ vient faire corps avec nous, nous remplir de sa force, de son salut, de sa paix. C’est vraiment Dieu qui s’offre à nous et vient habiter en nous pour nous transformer à son image et à sa ressemblance. Communier au Corps et au Sang du Christ a
du sens et ne portera du fruit que si nos cœurs se sont préparés à le recevoir. Le déroulement de la messe nous permet de rentrer dans ce mystère : principalement, demande de pardon, louange, proclamation de foi. Je mettrai l’accent sur » la table de la Parole « . La Parole à écouter, à méditer, commentée par le célébrant nous interpelle sur notre vie et creuse en nous le désir de nous y conformer. La rencontre avec le Christ ne sera effective que si on la met en pratique dans notre vie de tous les jours qui doit être transformée par la venue du Christ en nous. C’est pourquoi St Jean remplace le récit de l’institution de l’eucharistie par le lavement des pieds. Une phrase peut résumer le message de l’Evangile « Tout ce que vous aurez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. » En ce jour où des enfants que nous confions au Seigneur » font leur première communion « , rappelons-nous que chaque communion est unique et nouvelle quand elle se vit dans le mystère du Corps et du Sang du Christ.
